lundi, juin 11, 2018
En français dans le texte SVP !
Agacé de trouver des marques horlogères suisses qui continuent à décliner leurs messages en anglais, voire dans la langue de leur siège quelque part dans le monde, j’en appelle à l’Organisation Mondiale de la Francophonie...
En septembre 2010, la Suisse accueillait à Montreux le congrès de la Francophonie. Si on en a profité pour présenter quelques spécificités locales, tels le Festival de Jazz ou l’horlogerie, personne n’a eu l’idée de militer pour que la langue officielle de l’horlogerie soit une bonne fois désignée comme étant le français. C’est en tous les cas la réalité de la branche. Quelques mises au pas s’imposent donc.
Longtemps, la chose diplomatique s’exprimait en français. Peut-être parce que notre langue contient plus de subtilité pour exprimer les choses qui fâchent, ou qu’elle met plus de formes qu’une autre à enrober les messages les plus directs? En horlogerie, si la branche est née simultanément en Suisse, France, Angleterre et Allemagne, c’est encore et toujours dans ce coin de francophonie qu’elle a connu l’essor au point que le consommateur mondial l’y situe. Hélas, trop de sites internet et de communications destinées aux médias font pourtant encore l’économie du français.
Ce déni de francophonie est d’autant plus choquant lorsque la marque suisse est historique, qu’elle est née quelque part au cœur de ce fameux arc jurassien ou à Genève, et que ceux qui l’ont rachetée n’ont d’autre attache avec ce terroir que le juteux filon patrimonial. Ainsi, même lorsqu’ils en vantent copieusement le passé, sous le chapitre history, ils s’entêtent à le faire dans la langue de Shakespeare, puis dans celle qu’ils pratiquent depuis leur siège.
D’accord, l’heure est globale et les capitaux volatiles. Mais ceux qui possèdent et rachètent les marques restent toutefois très lucides. Au point, puisque la clientèle internationale continue d’assortir le mot swiss à une plus-value qualitative, de maintenir sous perfusion-prétexte un pseudo atelier de montage au fond d’une vallée perdue et de revendiquer ostensiblement la provenance ETA des mouvements. Alors pourquoi ne pas aller jusqu’au bout de la démarche et de s’exprimer en langage terroir? Ne pas s’y résoudre est un peu cavalier. C’est comme exploiter une mine prometteuse en se riant des autochtones. Ça confine le territoire de savoir-faire séculaires âgés de plus de deux siècles, au rang réducteur d’horizon folklorique et d’argument commercial. Et si l’on accentue le trait en balançant pêle-mêle quelques clichés enneigés, quelque ferme neuchâteloise engoncée dans une forêt typique, alors le tour est joué.
A part un coup de gueule partagé par les gens de presse contre Omega, qui ne place sur son site que les communiqués anglophones, se réservant d’envoyer ultérieurement ou sur demande bien longtemps après la première mise en ligne, ceux qui sont en français, je compte sur vous pour compléter quelques trouvailles que je vous propose en guise d’exemples, juste en me limitant à la lettre «A» de l’alphabet. Voici pour commencer Altanus Genève (www.altanus.com), une marque dont le site anglo-italophone vante les vertus cantonales. Quant à Appella (www.appella.com), née à Porrentruy en 1943, elle professe en anglais une domiciliation du côté de la Praille, non loin des ports francs genevois. L’absence du français frise le cocasse lorsque la marque porte un patronyme franco-franchouillard, connoté parfois d’appartenance à de bonnes vieilles familles helvètes: Armand Nicolet (www.armandnicolet.com), née et sise à Tramelan ou, plus déconcertant, car récemment créée, la swiss contemporary watch Manufacture Antoine Martin (www.antoinemartin.ch).
Au sein même du pays, le français est minoritaire. N’allons donc pas chercher épaule compatissante du côté des politiques à Berne, ils nous répondraient à raison que le deuxième canton horloger du pays, en matière d’emplois, c’est Berne! Certes, mais ils omettent de relever que les zones concernées par l’activité horlogère sont principalement les prolongements francophones du Jura ou les zones où se professent un bilinguisme revendiqué. D’ailleurs même les marques nées en Schwyzerdutchlanddéfendent l’anglais, telle Atlantic (www.atlantic-watch.ch), fondée en 1888 à Bellach, près de Granges –oh sorry, Grenchen.
Qu’on le veuille ou non, la langue de l’horlogerie, en tous les cas de ceux qui la fabriquent et la bichonne, au cœur des fabriques et ateliers, au sein des Manufactures, reste le français. J’en appelle à l’Organisation Internationale de la Francophonie et à vos commentaires…
Si l’horlogerie rime avec suissitude, le luxe rime avec France. Les marques horlogères auraient donc tout à gagner à promouvoir l’usage du français dans leur communication. Nous viendrait-il à l’idée d’imaginer la marque Hermès, pourtant internationale, sans le «e accent grave» qui la caractérise, ou Fabergé, crée en Russie par un émigré français sans son «e accent aigu»? Lire également sur le même sujet, la chronique à paraître en fin du magazine «Heure Suisse N° 112»
voir plus montres copie et Rolex Daytona II montre
FRANKEN ROLEX
Au sommet des marques collectionnées et sujettes à spéculation, on trouve Rolex et Patek Philippe. Les autres, quelque soit la noblesse de leur pédigrée, n’obtiennent des résultats qu’anecdotiquement élevés en salles de vente. Les Rolex anciennes sont un terrain de jeu idéal pour les amateurs. Les budgets peuvent être modestes, le nombre de modèles dignes d’intérêt est grand et surtout, le nombre de variantes est quasiment infini. Tout ce qui sort de l’ordinaire et qui n’est pas flambant neuf excite les collectionneurs. Les exceptions les font saliver et les raretés se dresser sur leurs pattes arrière. Or il existe une véritable industrie de l’amélioration artificielle des Rolex anciennes. Un petit monde qui imite non pas les modèles neufs mais les attributs d’usure, de passage du temps. Qui transforme une montre d’occasion en montre de collection. Bref, c’est une jungle.
La foule armée de fourches et de piques pourchasse-t-elle ces créatures hybrides nées des expériences de savants peu scrupuleux ? Bien au contraire ! Aveuglantes par la rareté, ces exceptions faites de bric et de broc affolent les amateurs. Déguisées en baroudeuses qui ont subi l’outrage du temps, elles dissimulent les zones d’ombre de leur CV. Au lieu d’une campagne de plongée intensive dans les mers du sud, la teinte de ce cadran provient d’un stage d’entrainement dans un atelier italien ou allemand pour les meilleurs, japonais, américain ou vietnamien pour les moins sophistiqués.
Une Submariner 5513 de 1965 y est estimée entre 7 et 10 000 CHF. Le lot suivant, une 5512 de 1962 aux aiguilles trop blanches, est estimé entre 20 et 30 000 Frs, soit 3 fois plus. Pourquoi ? La seconde a un point de tritium en dessous du long index à 6 heures. On la surnomme « Esclamation point ». Ce point vaudrait donc 20 000 Frs ? Quoi de plus tentant que de récupérer du tritium sur une vieille montre et d’en déposer une goutte sur le cadran d’une 5512 plus banale ? L’opération est facile, le profit rapide. Et qui saura faire la différence sinon un expert muni d’une loupe binoculaire et de solides connaissances ? Ne nous y méprenons pas, il s’agit de contrefaçon. On imite non pas l‘objet neuf, mais l‘objet vieilli. Offense discrète, elle est ignorée par Rolex qui se concentre sur son métier de base : les montres neuves, parfois au détriment de cette tribu d’ambassadeurs influents, les collectionneurs.
L’équation de ces Frankenrolex est particulièrement complexe. Authentiques à 95, 90 ou 80%, la proportion varie en fonction de nombreux facteurs. Premier, le modèle. Les familles Submariner, GMT Master, Explorer, chronographes Antimagnetic et le très prisé Cosmograph Daytona sont les plus concernées. Deuxième facteur, la série. Rolex a fabriqué des séries limitées de toutes sortes, certaines très prestigieuses et techniquement justifiées comme les Submariner Comex. Mais elle a aussi fait évoluer ses modèles sans en changer le nom, seulement la référence.
La marque recherche la fiabilité des mouvements mais aussi de l’habillage. Boîtes, lunettes, cadrans, aiguilles, marquages, typographies, cornes, perçages, épaulements, cerclages et index, chaque élément évolue régulièrement.
C’est là que la complexité commence. Quelques composants d’une référence sont utilisés sur la suivante avant d’être remplacés en plein milieu de série, sans crier gare. Résultat, deux montres de même référence et aux numéros de série consécutifs peuvent présenter des apparences différentes. Troisième facteur, celui où réside toute la subtilité, les altérations dans la durée : vieillissement, patine, effet vintage. La qualité propre aux objets qui traversent le temps, c’est d’en garder les marques. Toute variation dans l’apparence est une source de différence. Et la différence fait la rareté. Or la chimie est capricieuse. Les matériaux ont des réactions variées aux éléments. Les cadrans sont abîmés, mais on dit qu’ils sont « tropicalisés ». Les certitudes viennent d’un changement de mode. Il y a quinze ans, une montre ancienne devait être impeccable pour exciter les enchères. Les experts on vu passer toutes les exceptions et les ont répertorié comme authentiques. Comme elles dégradaient la cote, on ne pouvait guère les soupçonner d’être des améliorations.
Les cadrans possèdent une base oxydable. Sans parler de la légère humidité ambiante au moment de la fermeture de la boîte, l’air contient de l’oxygène et du soufre qui attaquent le métal sous la couche de peinture quand elle n’est pas uniforme ou assez épaisse. Par exemple, les bains de couleur de certains Cosmograph des années 1967 et 1977 étaient défectueux et donnent des couleurs qui confinent au chocolat. Et les Explorer II entre 1984 et 1986 ont des cadrans crème. Certaines lunettes de Submariner en bakélite deviennent naturellement grises avec le temps. Or le temps se recrée et le détail s’imite. Il existe des raccourcis. Les lunettes sont polies à l’excès pour simuler l’usure.
Une des plus simples manipulations consiste à greffer une lunette bleue de Tudor Submariner sur une Rolex Submariner. Elles sont 100% compatibles, mais aucun vieillissement ne peut donner de teinte marine à une lunette d’origine noire. De même que les lunettes passées à l’eau de Javel, dont l’effet est difficile à stopper et qui finissent effacées. Les cadrans sont trempés dans le thé ou le café, dans des infusions de liège. Ils sont surexposés aux UV, poncés ou même refabriqués. Les index sont changés, des aiguilles jaunies greffées. Et pour les plus paresseux, une simple mention du type « Forces Aériennes du Pérou » ou « A.R.A » (forces aériennes argentines) suffit à faire bondir le prix. Les exemples sont innombrables et pas forcément anciens.
La vague de Submariner et Daytona noires est le dernier en date. Les Bamford & Sons et autres Black Out en noircissent les boîtiers par PVD voire modifient les cadrans avec des appellations comme Pro-Hunter.
Une Submariner avec lunette bleue ? Origine Tudor, et Daytona Pro Hunter : cadran et PVD faits maison et vendus avec les atours de l’authenticité. La liste de questions à se poser face à un oiseau rare est longue : a-t-il réellement existé ? ses attributs sont-ils cohérents entre eux ? et vérifiés par les numéros de série ? le résultat est-il le fait d’un atelier Rolex ou d’un horloger extérieur ? Cette dernière question soulève un nouvel aspect du problème. Frankenstein n’est pas la créature inventée par Mary Shelley, mais le docteur qui l’a amenée à la vie. C'est-à-dire Rolex même. Encore aujourd’hui, la marque exerce un droit quasi régalien : elle modifie sans prévenir les modèles sur lesquels elle pense garder un droit moral à défaut de propriété.
Le SAV cherche à échanger d’office les pièces qui ont vieilli (ou vont vieillir) pour que la montre soit le plus proche d’un état impeccable, gommant les défauts qui en font la valeur. Rolex a contribué à créer le bâton avec lequel ses clients se font battre : multipliant les exceptions, elle a ouvert la voie à la bidouille. Certains veulent restaurer l’état d’origine d’un modèle ainsi dénaturé D’autres pensent que toute intervention de la marque crée une nouvelle authenticité de fait. Quand il s’agit d’une filiale qui prenait des libertés et initiait les modifications…
En parallèle, les ateliers de réparation indépendants des points de vente, les rares encore en activité, crient au scandale car la marque ne livre plus de pièces, surtout pas anciennes. En mettant la main sur le SAV, Rolex a encore encouragé la débrouille, mère de toutes les hétérodoxies. La valeur de ses pièces détachées est souvent supérieure à celle d’une montre. On récupère, réassemble au gré des besoins. On dépèce une pièce en mauvais état pour en sauver plusieurs.
Le calibre 1520 d’une vieille Air King peu prisée servira à ranimer une Submariner 5512. Et on achète cher. Les aiguilles et cadrans partent pour des sommes affolantes en salle de ventes. Un assortiment de Submariner 6238 peut atteindre les 9 000 $. La somme sera largement récupérée si les pièces servent à une greffe, malhonnête ou médicalement justifiée.
Une lunette de GMT Master 6542 a même été achetée 11 500 $. Ce qui semble beaucoup pour un modèle qui ne crève pas les plafonds. Les mouvements les plus louches portent sur les cadrans de Daytona dits Paul Newman vendus seuls, ceux de couleur (crème, jaune, rouge etc.) ou marqués par les détaillants (Cartier, Tiffany’s, Serpico y Laino). La cible de ce trafic est le particulier. Les experts, surtout la douzaine qui filtre le flux de produits proposés en salle de ventes, sont capables de repérer les faux, les faux vrais, les presque vrais et autres nuances de gris. C’est ainsi que certains lots sont parfois retirés la veille de la vente. Mais d’évidentes anomalies génétiques sont présentées sans mention particulière par certaines maisons peu scrupuleuses. Une Datejust phases de lune ? C’est presque une blague. Méfiance aussi devant la vitrine d’un magasin d’occasions ou le poignet d’un malin qui susurre les mots magiques : rare, unique, vintage, tropicalisé, Newman ou Double Red. Le surnom est un appât si efficace…
La vente Antiquorum que nous mentionnons ayant eu lieu, nous connaissons maintenant les prix atteints par la 5513 banale et la 5512 .
La première n'a tout simplement pas trouvé acquéreur (la faute à un prix de réserve trop élevé ?) et la seconde est partie à 18 000 CHF (21 600 CHF frais inclus), soit en dessous de l'estimation. Mais le surlendemain, une vente chez Christie's a produit un résultat dont l'hyperbole va dans le sens de notre propos. Une Rolex GMT Master 6542 de 1952, elle aussi "exclamation point" est partie à 87 000 CHF, commission incluse. Une de ses consœurs de 1958 est partie pour... 8125 CHF. Ce point de tritium à 80 000 CHF serait donc la matière la plus chère du monde ?
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Le Maréographe HEUER (1949)
La maison Heuer a exposé à la Foire un « maréographe » qui donne l'heure comme une montre ordinaire et en même temps, sur un cadran spécial, l'heure de la marée haute ou de la marée basse dans un port donné.
La marée est le résultat des attractions de la Lune et du Soleil sur la mer dont le niveau varie périodiquement. La période de ce mouvement est assez régulière pour qu'on puisse prévoir l'heure de la haute mer pour tel jour dans un endroit défini ; son amplitude dépend de la position relative du Soleil et de la Lune par rapport à la Terre, de l'inclinaison des axes de rotation, de la configuration de la côte et de la profondeur de la mer en ce lieu.
Quand il y a deux pleines mers par jour, l'intervalle moyen entre deux pleines mers consécutives est d'environ 12 h. 25 min; il y a, d'un jour à l'autre, deux hautes mers séparées par un intervalle de 24 h. 50 min. 30 sec environ.
Le petit cadran du maréographe a une circonférence divisée en parties égales ; les divisions 6, 8, 10, 12, 2, 4 et 6 occupent la moitié du cercle; l'intérieur de ce demi-cercle est enlevé et, dans le vide, on aperçoit un disque divisé en 4 secteurs de 90° chacun; deux secteurs opposés sont bleus, les autres sont jaunes. Deux diamètres perpendiculaires divisent les secteurs en parties égales.
Le diamètre tracé sur les secteurs bleus indique, sur le cadran divisé en heures, les heures de la haute mer; l'autre diamètre indique les heures de la basse mer. Le disque coloré est mobile et fait un tour en 29,5 jours de sorte que le même index revient vis-à-vis du même chiffre du cadran après ce laps de temps. En un jour, il décrit un angle de 360°/29,5 = 12° 203 qui correspond à 49 minutes de temps, c'est-à-dire au retard moyen de la marée d'un jour à l'autre.
Si un jour, à un endroit donné, l'index bleu est sur 9 h. au moment de la haute mer, le lendemain, le même index se trouvera sur 9 h. 49 minutes qui est l'heure du flux pour ce jour.
L'heure de la marée haute est une heure locale ; un dispositif permet, au moyen d'un poussoir, de mettre l'index bleu sur l'heure de la haute mer pour le jour d'observation et pour le port où l'on se trouve. Dès lors, il suffira de lire la position de l'index bleu pour avoir, chaque jour, l'heure de la marée haute dans ce port.
L'indication de l'heure n'est pas très précise puisque, sur le cadran, une heure est séparée de la suivante par un espace de 1 mm environ. Mais le phénomène lui-même n'a besoin d'être connu des profanes que d'une façon approximative. Du reste, l'intervalle de 49 minutes est une moyenne.
En général, il y a 2 hautes mers chaque jour, du moins sur les côtes de l'Atlantique où l'amplitude des marées est parfois considérable (jusqu'à plus de 12 m en Bretagne). La seconde haute mer est indiquée par l'index bleu qui est dans le prolongement de celui qui montre l'heure de la première haute mer.
Le maréographe pourra rendre service aux navigateurs (marins et sportifs), aux pêcheurs, aux habitants des côtes et aux touristes pour qui il est parfois très utile de connaître l'heure de la haute ou celle de la basse mer ; ils ne peuvent avoir cette connaissance qu'en consultant les annuaires ou les avis officiels affichés dans les ports ; mais ceux que cela intéresse sont parfois bien éloignés d'un port.
Puisque l'heure de la marée haute dépend du lieu où l'on se trouve, il faut mettre au repère le maréographe dès qu'on change de lieu.
Le modèle illustré ci-dessus montre l'adaptation du maréographe sur un chronographe avec compteur de 12 heures, développé spécialement à l'intention des amateurs de yachting pratiquant leur sport sur mer. Dans ce genre de compétition, un coup de feu annonce le début d'une régate. Exactement 5 minutes plus tard, les bateaux concurrents doivent passer la ligne de départ. Le petit cadran de droite indique d'une façon très lisible le nombre de minutes qui s'écoulent après le coup de feu mentionné.
voir plus fausse montre et Replica Rolex MasterpieceLa montre de plongée (JSH 1964)
Depuis une trentaine d'années, un nouveau sport est né la plongée sous-marine, à la portée de tous grâce au scaphandre autonome dont le succès est prodigieux. Dans certains cas, la plongée perd son caractère sportif et devient un moyen d'investigation au service des biologistes, des géologues, des archéologues : elle peut aussi devenir un moyen d'enrichissement pour l'homme, que ce soit en permettant la récupération d'épaves que l'imagination populaire dote de cargaisons fabuleuses d'or et de pierres précieuses ou en facilitant la pêche, la récolte des coraux, des éponges. des perles. On parle aussi de paysages sous-marins dont la beauté fascinante attire les touristes, certains de ces paysages déjà repérés, catalogués, étant en passe de devenir célèbres.
La plongée est à la portée de beaucoup : elle ne demande qu'un équipement peu coûteux et un apprentissage très court. Son apparente facilité est même dangereuse en ce qu'elle peut inciter les téméraires et les insouciants à des imprudences fatales.
En parlant d'un apprentissage court, nous pensons uniquement au fait d'apprendre les manipulations. Car le plongeur capable d'affronter tous les cas n'est formé qu'après beaucoup d'essais et de réflexions.
Le plongeur est équipé d'un scaphandre du genre de celui qu'ont inventé et perfectionné quelques marins français dont le plus connu est le commandant Jacques-Yves Cousteau. Il porte un masque enserrant la tête sauf la bouche et empêchant l'entrée de l'eau ; ce masque muni d'une fenêtre, est relié à un réservoir d'air comprimé formé par deux bouteilles que le plongeur porte sur son dos ; un tuyau lui amène jusque dans la bouche l'air qui a passé par un détendeur. Un manomètre (bathymètre) attaché au poignet du plongeur lui indique la profondeur à laquelle il se trouve. Le plongeur, dont les pieds sont munis de palmes, descend à la profondeur désirée ou à celle du fond de la mer, y reste un certain temps, puis remonte.
Dans certains cas - assez long séjour à une certaine profondeur - il y a danger de remonter trop vite, d'où l'exigence d'un ou de plusieurs paliers et d'un arrêt minimum à chacun d'eux.
A côté des dangers résultant d'un dérangement dans l'appareillage ou d'une fausse manœuvre, un danger physiologique est lié au fait que l'organisme du plongeur est soumis à une pression inhabituelle qui augmente d'environ 1 atmosphère (1kg par cm2) chaque fois qu'il s'enfonce de 10 mètres dans l'eau.
A 30 mètres, le corps du plongeur subit une pression de 4 atm., soit une surpression de 3 atm. A l'intérieur du corps. l'air est comprimé et poussé avec force dans les tissus, en particulier dans les poumons. Pendant ce passage, l'oxygène de l'air est lié tandis que l'azote ne l'est pas et peut pénétrer, à partir d'une certaine pression, dans les vaisseaux sanguins.
A la remontée. il y a décompression : ce qui reste de l'air (azote et acide carbonique) se dilate et tend à sortir. Si la décompression est rapide. la sortie du gaz peut devenir si violente qu'elle déchire les tissus pulmonaires, provoquant des phénomènes pathologiques alarmants : emphysème, congestion, hémoptysie, perte de connaissance. Les plongeurs expérimentés connaissent la tentation de la grande profondeur suscitée parfois par l'amour de la gloire de celui qui bat un record. Or, à partir de 40 mètres, un phénomène physiologique inquiétant peut se produire l'ivresse des profondeurs, une sorte de narcose due à l'azote et qui peut rendre le plongeur plus ou moins inconscient et lui faire faire des manœuvres périlleuses. Ces phénomènes sont d'autant plus dangereux que l'état physiologique du plongeur est moins bon. Celui qui n'a pas un coeur sain et des poumons en bon état ne doit pas pratiquer ce sport. Il en est de même des enfants et des personnes âgées. Le candidat à la plongée ne doit pas s'aventurer sans avoir subi un examen médical. Les clubs de plongeurs n'admettent pas un candidat sans être assurés qu'il peut plonger et rester un certain temps sous l'eau sans danger à la condition d'observer les prescriptions quant à la vitesse de remontée et à la durée des séjours dans les paliers de décompression.
A côté du bon état du cœur et des poumons, celui des nerfs est important : les angoissés, les peureux ne doivent pas se livrer à ce sport qui demande des gens pondérés, réfléchis, prudents, ni téméraires, ni anxieux.
Dès que la pression atteint quelques atmosphères, le corps humain est dans un état tel que chaque mouvement est pénible, demande un effort démesuré suivi d'une fatigue se manifestant après la plongée. On peut faire des plongées successives mais s'il s'agit d'atteindre des profondeurs de plus de 20 mètres, il est prudent d'observer, entre deux plongées, une pause (6 heures selon les recommandations) au cours de laquelle le corps récupérera des forces. Des accidents se sont produits chez des individus enclins à présumer de leur force. La descente se fait sans effort puisqu'elle est un effet du poids du plongeur. Ce poids n'est pas suffisant pour assurer une descente rapide : d'où la nécessité de l'augmenter par une charge constituée par des plaques de plomb attachées à la ceinture du plongeur. Le poids de ces plaques varie d'un individu à l'autre ; il doit être déterminé par le plongeur lui-même au cours d'une certain nombre de plongées. Le lest trop léger ne facilite pas suffisamment la descente : trop lourd, il rend la remontée difficile, pénible, car il doit être ramené à la surface.
La remontée est l'opération la plus délicate de la plongée. Le plongeur remonte par ses propres efforts : à mesure qu'il approche de la surface, son corps est décomprimé ; cette décompression ne doit pas être trop rapide surtout si la profondeur atteinte dépasse 15 mètres.
La vitesse de remontée doit rester inférieure à 6-8 m par minute selon les uns, à 15 m par minute disent les autres cette vitesse maximum devrait être fixée pour chacun par l'expérience.
A partir d'une profondeur supérieure à 15 mètres et suivant la durée du séjour à cette profondeur, le plongeur doit s'arrêter à certains paliers pendant un nombre déterminé de minutes. Combien de paliers et à quelles profondeurs ? Les avis diffèrent. Certaines institutions maritimes de France, d'Angleterre, d'Allemagne, d'Italie et des Etats-Unis suivent de près la formation des plongeurs ; ces institutions admettent la nécessité de 3 paliers situés à 9. 6 et 3 mètres de la surface.
Des plongeurs expérimentés pensent que jusqu'à 40 mètres de profondeur et pour un séjour de 15 minutes au fond, un seul palier suffit (à 6 m de la surface disent les uns, à 3 m selon d'autres).
Ce qui précède dit clairement que le plongeur ne peut se passer de montre. Pour déterminer la durée de la plongée (descente et arrêt à la plus grande profondeur), la durée des arrêts dans les paliers et la vitesse de remontée, il faut mesurer le temps ; l'appréciation subjective pourrait avoir de graves conséquences.
Nous supposons le mouvement de la montre capable de donner l'heure avec une certaine précision qui n'a pas besoin d'être celle d'un chronomètre puisque la durée d'une plongée normale ne peut dépasser une heure à cause de la capacité des bouteilles contenant l'air comprimé.
La première qualité exigée d'une telle montre est l'étanchéité qui prend ici une importance particulière, la montre étant soumise à des pressions inconnues de celui qui reste à terre. Les fabricants d'horlogerie connaissent les moyens d'obtenir l'étanchéité et de la contrôler dans des conditions difficiles. On se souvient de la montre Rolex qui, en 1960, accompagna le bathyscaphe du professeur Piccard à 10 916 mètres dans la fosse des Mariannes2 ; cette montre a résisté et a continué de marcher à la pression d'environ 1100 atmosphères.
Les montres de plongées sont vérifiées à différentes pressions de 15 à 30 atm. Tous les moyens utilisés dans les montres étanches ordinaires - joints, bagues de tension, boîtiers d'une seule pièce, couronnes spéciales - se retrouvent dans les montres de plongée. L'eau poussée par la pression pénétrera d'autant plus facilement dans une montre non étanche. Heureusement, cette pression serre aussi la glace et la couronne contre les joints : son effet est donc favorable lorsque l'étanchéité est réalisée.
La pression de l'eau et de l'air sur une montre immergée (à 40 m de profondeur, la pression est de 5 kg par cm2) met à rude épreuve la boîte et la glace qui ne doivent pas être déformées au point de compromettre la bonne marche de la montre. La solidité du boîtier et de la glace est une propriété indispensable de la montre du plongeur.
Au cours de la descente, la lumière devient de plus en plus faible de sorte que, à partir de 25 m, l'obscurité est complète. Le plongeur doit pourtant pouvoir lire l'heure. La luminosité du cadran et des aiguilles est exigée. Mais celle des montres ordinaires ne suffit pas pour percer les ténèbres du fond de l'eau. On augmente la luminosité en utilisant une substance plus radio-active ou, avec le même agent radio-actif, en augmentant les surfaces lumineuses. En Suisse, les substances radio-actives utilisées dans les cadrans lumineux, sont soumises à certaines prescriptions. Celles qui sont employées dans les montres ordinaires - le radium 226, le prométhium 147 et le tritium - sont autorisées sans autre. Si une autre substance est présente dans le cadran d'une montre de plongée, le vendeur doit le faire remarquer à l'acheteur et lui recommander de ne pas porter sa montre au poignet plus qu'il n'est nécessaire pour la plongée.
Dans les prospectus des fabricants de ces montres pour plongeurs, ce conseil sur l'utilisation restreinte de la montre est rarement signalé. J'en conclus que, dans ces montres, on n'utilise pas de substance radioactive dangereuse pour la santé du porteur. En réalité, la substance généralement employée est le tritium. Ces trois qualités : étanchéité, solidité et luminosité ne suffisent pas.
Cette montre doit être construite de façon à permettre au plongeur d'exécuter facilement et sans risque d'erreur certaines mesures : durée de descente et séjour à la profondeur maximale, durée des arrêts aux paliers de décompression, vitesse de remontée.
montre zodiacLe constructeur s'efforce de soulager la mémoire du plongeur et de lui permettre d'ignorer plus ou moins la table de plongée, du moins pour les opérations faites dans des conditions normales, par exemple sans dépasser la profondeur de 40 mètres.
Les montres offertes par les fabricants sont tout d'abord étanches, solides et suffisamment lumineuses pour les fonds de plus de 25 mètres. Le plongeur sait quelle profondeur il désire atteindre et combien de temps il restera à cette profondeur. Au début de la plongée, il constate qu'il est, par exemple, 9 h. 19 min. ; il veut rester 20 minutes à 25 m de profondeur : il devra remonter lorsque la montre indiquera 9 h. 39 min. Le calcul n'est pas difficile mais son résultat est si important qu'il faut prendre toutes les précautions pour qu'il soit correct. Or, au fond de l'eau, le corps est soumis à une pression anormale et il peut se produire une défaillance de la mémoire surtout chez un plongeur fatigué, nerveux et novice.
Pour éviter des accidents, la boîte est munie d'un anneau mobile autour du cadran de telle sorte qu'il ne compromette pas l'étanchéité.
L'ajustement de cet anneau est du genre « mobile serré », ce qui signifie qu'il ne permet pas une rotation involontaire de l'anneau provoquée par un choc ou un mouvement brusque.
L'anneau porte un repère rond ou triangulaire et lumineux ; il est divisé en 60 minutes. La graduation est en minutes de 0 à 15 minutes, puis de 5 en 5 minutes, parfois en minutes de 0 à 60. Au moment de plonger, le plongeur place le repère de l'anneau mobile à l'extrémité de l'aiguille des minutes : il sait qu'il doit remonter dès que cette aiguille indiquera 20 minutes sur l'anneau.
Il peut aussi, dans l'exemple cité, mettre le repère non à 9 h. 19 min. mais à 9 h. 39 min. ; il remontera dès que l'aiguille des minutes sera vis-à-vis du repère ; ainsi il n'a pas à craindre un « blanc » dans sa mémoire lorsqu'il sera dans l'eau. A la remontée, il faut, suivant les cas, observer un ou plusieurs paliers de décompression. Les arrêts auront une durée indiquée dans une table. Si, au cours de l'exploration, on modifie la profondeur maximale envisagée ou le temps qu'on y passe, les durées de décompression devront être modifiées, mais à ce moment, le plongeur n'est pas à même de consulter une table.
De telles difficultés ont incité certains fabricants à mettre une table de plongée sur le cadran de la montre. Voici quelques exemples de montres construites de façon à donner confiance à celui qui craint une défaillance de sa mémoire.
Le cadran de la montre Mido (fig. 2) porte, en plus de la division habituelle en heures et minutes, 4 cercles colorés concentriques : à partir du centre, jaune, vert, rose et bleu. Une échelle porte les nombres 25, 30, 35 et 40 dont chacun est attribué à l'un des cercles et que l'on traduit ainsi : 25 caractérise le cercle jaune qui doit être consulté par le plongeur qui atteint une profondeur de 25 à 30 mètres ; le nombre 30 est attribué au cercle vert valable pour les profondeurs de 30 à 35m ; le cercle rose convient pour les profondeurs de 35 à 40 m et le cercle bleu pour les profondeurs de 40 à 44 m.
Les plongées de plus de 45m offrent des dangers et ne doivent pas être entreprises sans précautions spéciales. Les plongées inférieures à 25m n'ont pas été envisagées parce qu'on estime qu'un plongeur peut rester 50 minutes à ces profondeurs sans avoir besoin d'observer un palier de décompression.
Les anneaux colorés portent chacun un chiffre 0 dont la place varie d'un anneau à l'autre. Sur le cercle jaune, 0 se trouve vers le 34 de la division des minutes du cadran; le 0 du cercle vert vers 19, celui du cercle rose vers 13 et celui du cercle bleu vers 10. Ce qui signifie : de 25 à 30 m de profondeur maximale, le plongeur peut rester 34 minutes sans avoir besoin de faire un arrêt au cours de la remontée ; de 30 à 35 m, il peut rester 19 minutes et ainsi de suite. D'autres nombres suivent le 0 sur chacun des anneaux colorés : ainsi le cercle jaune porte 5 et 20 ; le cercle vert, 15, 30 et 45, etc.
Traduisons : cercle jaune, profondeur 25 à 30 m, durée de décompression à 6 m de la surface: 0 minute pour une plongée de 34 minutes, 5 minutes pour une durée de plongée de 40 minutes (le 5 de l'anneau coloré est vis-à-vis du 40 de la division normale du cadran) ; si la durée de plongée est de 50 minutes, il faut observer 20 minutes de décompression. Le cercle jaune ne porte que ces indications parce qu'une plongée de plus longue durée n'est pas possible avec l'équipement habituel en air comprimé.
Ce cadran a une autre particularité : la graduation de l'anneau mobile progresse dans le sens inverse des aiguilles de la montre. Cette disposition facilite l'observation des durées lorsqu'on place vis-à-vis du nombre du cercle coloré, le chiffre de l'anneau mobile correspondant au temps de décompression à observer.
Comme les autres montres, la montre de plongée n'est pas parfaite et les techniciens s'efforcent de la perfectionner. Augmenter la luminosité du cadran, incorporer à celui-ci une table de plongée, imaginer des moyens d'attirer l'attention du plongeur, il y a là des problèmes dont la solution demandera bien des recherches, bien des essais. Le constructeur aura soin de ne pas surcharger le cadran jusqu'à le rendre peu lisible : il n'oubliera pas qu'à 25 m de profondeur, c'est la nuit complète.
La montre Enicar (fig. 3) a l'anneau mobile précédemment décrit et, de plus, un curseur mobile, indépendant de l'anneau et également muni d'un repère. En plaçant au début de la plongée le repère de l'anneau en face de l'aiguille des minutes, le plongeur n'a plus à s'inquiéter de l'heure. Il placera le repère du curseur de façon que lorsque l'aiguille des minutes l'atteindra, la durée à contrôler soit écoulée. Tandis que la montre Mido repose sur la conviction que, pour des plongées que j'appellerai normales, un palier de décompression à 6 m de la surface suffit, la montre Vulcain (fig. 4) tient compte des 3 paliers classiques et offre une solution originale. L'anneau mobile est ici supprimé ; il est remplacé par un cadran central tournant au moyen d'une couronne supplémentaire. Cette couronne rend plus difficile la réalisation de l'étanchéité. Le cadran central se trouve au-dessus du premier cadran qui est fixe ; il porte une ouverture rectangulaire disposée radialement et à travers laquelle on peut lire les durées d'arrêt aux paliers 9, 6 et 3 m correspondant à une profondeur maximale et à une durée de plongée données : ce cadran donne les indications d'une table.
La montre Vulcain a un autre perfectionnement une sonnerie avec une aiguille indicatrice spéciale (comme dans les réveils) qui, au moyen d'un poussoir, peut être placée de façon à déclencher la sonnerie à l'heure où, la plongée terminée, le plongeur doit commencer la remontée. Cette sonnerie est, comme dans la montre Cricket, obtenue au moyen d'une membrane sonore.
Les indications du cadran sont petites et impossibles à lire sous l'eau à 25 m. Il faut donc consulter le cadran avant la plongée, y lire les temps d'arrêt aux différents paliers suivant la profondeur maximale atteinte et la durée de la plongée. Le signal sonore annonce le moment de la remontée. Si le plongeur a oublié les indications lues sur le cadran, il remonte au premier palier à 9 m de la surface où la lumière est suffisante pour la lecture du cadran.
La lecture de ces quelques exemples de montres spéciales doit donner l'impression que l'utilisation de ces nouvelles montres exige la connaissance de leurs possibilités. Les fabricants donnent à l'acheteur une notice relative aux manipulations nécessaires pour un emploi correct de la montre.
Qui achètera une montre de plongée ? Un jeune homme ou une jeune femme ayant déjà une certaine expérience ou bien un novice. Envers celui-ci, le vendeur a des obligations : il verra bientôt si l'acheteur a quelques notions de la plongée, de ses difficultés, de ses dangers, ou si c'est un jeune écervelé qui s'imagine qu'il suffit de se procurer l'équipement adéquat (y compris la montre) puis de se lancer à l'eau. Le vendeur fera bien de signaler les dangers résultant d'une décompression trop rapide, la nécessité de se plier à certaines règles et la témérité de ceux qui pratiquent ce sport sans l'avis d'un médecin habitué à examiner des plongeurs. Le vendeur pourra peut-être donner le nom d'un club où le novice recevra les renseignements nécessaires à la pratique de ce nouveau sport.
En parlant des dangers, le vendeur ne peindra pas le diable à la muraille ; il fera remarquer que les dangers peuvent être évités si l'on respecte les prescriptions, si l'on est en bonne santé (cœur et poumons) et si l'on reste calme devant quelque chose d'imprévu.
Les autorités fédérales suisses ont été alertées par ceux qui redoutent les effets de la radioactivité sur le corps humain. Le cadran lumineux de la montre de plongée porte une certaine quantité de substance radioactive.
En Suisse, le Département de l'intérieur vient de faire connaître un règlement concernant la radioactivité des cadrans lumineux.
Ce règlement du 7 octobre 1963 contient des articles intéressant les vendeurs de montres de plongée. Il définit ce qu'il appelle « montres spéciales», parmi lesquelles il faut ranger les montres de plongée.
Sont désignées comme « montres spéciales celles à radioactivité plus élevée qui ne peuvent être utilisées qu'à des fins déterminées (par. ex. pour plonger).
Le premier alinéa de l'article 5 s'adresse aux fabricants tandis que le second alinéa concerne les vendeurs dans les magasins.
1. Le vendeur de montres spéciales est responsable de la déclaration à faire au Service fédéral de l'hygiène publique en vertu de l'article 14 de l'Ordonnance du Conseil fédéral. Cette déclaration doit indiquer les types de montres vendues, les nuclides radioactifs qui y sont contenus et les adresses des acheteurs dans le pays et à l'étranger. La déclaration doit être faite à la fin de l'année.
2. Le vendeur doit remettre à chaque acheteur d'une montre spéciale à laquelle du radium est incorporé, une feuille d'instruction indiquant la radioactivité de la montre et recommandant de ne la porter que pour des travaux spéciaux auxquels elle est destinée. L'acheteur doit confirmer par sa signature qu'il a pris connaissance du contenu de la feuille d'instruction. Enfin l'article 8 a la teneur suivante ... A partir du 1- juillet 1964, la prescription de l'article 5, 2e alinéa, doit également être observée. Il est à noter qu'une nouvelle ordonnance du Département de l'intérieur nous a appris le report de la date 'application au 1er janvier 1965.
Le vendeur d'une montre de plongée a lu attentivement le prospectus et les instructions du fabricant de la montre. S'il a différents types de montres, il a remarqué certaines divergences d'opinions entre fabricants. Il peut faire connaître certaines de ces divergences à l'acheteur, mais sans prendre lui-même parti pour l'une ou pour l'autre de ces opinions.
Devant une montre de plongée, le rhabilleur aura, la première fois, une hésitation : l'aspect insolite, l'anneau gradué en minutes, diront clairement qu'il ne s'agit pas d'une montre ordinaire. Avant d'aborder la réparation, le rhabilleur doit savoir qu'il s'agit généralement d'un mouvement de montre automatique et que l'ensemble doit être parfaitement étanche.
S'il sait que l'étanchéité est contrôlée à une pression allant jusqu'à 30 atmosphères, il hésitera à entreprendre la réparation ; celle-ci peut n'offrir que des difficultés mineures, mais l'étanchéité importe par dessus tout. Or, s'il n'a pas les installations nécessaires pour contrôler l'étanchéité sous une pression de 15 à 30 atm., il rendra à son client une montre qu'il ne peut pas garantir au point de vue de son comportement dans l'eau profonde.
Si la montre avariée arrive dans un magasin avec un grand atelier de réparation équipé en vue de contrôles délicats, il n'y a pas d'inconvénients à la réparer sur place. Même une montre de plongée spéciale n'offre pas de difficultés insurmontables à un rhabilleur compétent.
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Eberhard Chronographe Extra-fort Roue à Colonnes Grande Date 125ème Anniversaire
L’entreprise a été fondée en 1887 par George Eberhard à la Chaux-de-Fonds. Particulièrement spécialisée dans les chronographes elle lance vers 1947 le premier modèle Extra-fort. En 2001, le premier chronographe dont les compteurs sont alignés sort sur le marché et reste une exclusivité de la marque.
2012 est l’année des 125 ans de la marque et pour cette occasion, Eberhard a présenté un modèle spécial que nous allons découvrir ensemble.
Pour cette revue, la marque m’a prêté le modèle "Extra-Fort 125ème anniversaire" en acier de 41mm de diamètre. C’est un chronographe roue à colonnes avec les compteurs disposés à 3 - 6 et 9 heures. Une grande date est positionnée à 12 heures.
Le mouvement est une base Valjoux 7750 modifié pour la marque. Par rapport au calibre d’origine la navette est remplacé par une roue à colonnes ce qui améliore les fonctions départ et d’arrêt. Les deux fonctions sont plus douces lors de l’appui sur le poussoir et donc, bien plus agréable et précis lors du déclenchement du chronographe.
Pour effectuer cette modification, un grand nombre de pièces ont du être fabriquées ou modifiées comme par exemple le crochet de la roue à colonne ou la commande de remise à zéro.
Un travail assez important en terme d’esthétique a été effectué sur le mouvement, côtes de Genève, moulure dorée autour des pierres, rodiage.
Le pont de compteur minutes a été redessiné, la masse a une nouvelle découpe, le pont de rouage vers la roue d'échappement à également été retouché pour donner l'illusion d'un pont séparé.
Les pièces acier du chronographe sont anglées et satinées st une pièce agréable à porter avec son diamètre raisonnable de 41mm et la lisibilité est bonne. Elle a un petit look vintage avec ses cornes légèrement galbées et ses poussoirs de chronographe rectangulaires.
Comme écrit plus haut, le déclenchement des fonctions du chronographe est très agréable avec le remplacement de la navette par la roue à colonnes. Avec la Longines, de la première revue que j’avais effectué, qui était également à roue à colonnes sur une base 7750, le déclenchement des fonctions se rapprochait beaucoup plus en dureté du modèle de base qui est à navette. Nous avons donc un « plus » dans la modification du mouvement effectué par Eberhard par rapport à la Longines, peut-être est-ce du à un travail un peu plus artisanal et donc un peu plus d’attention est porté aux fonctions.
Le bracelet est muni d’une boucle déployante avec un système de fermeture/sécurité breveté, nommé « Déclic ». On ouvre vers l’extérieur le petit levier pour pouvoir ouvrir son bracelet et en le poussant contre le bracelet on verrouille la fermeture.
La montre tombe bien sur le poignet et est agréable au porté. Son diamètre contenu de 41mm est accessible à de nombreux poignets. Le mouvement est joli, bien terminé et on aurait presque pu remplacer les ressorts fil pour aller jusqu'au bout de la transformation de ce mouvement bien connu et reconnu.
Le prix que je trouve un peu élevé s'explique par les nombreuses modifications apportées au mouvement ainsi qu'au nombre de pièces limitées (500) pour cette série spéciale 125ème anniversaire
voir plus imitation de rolex et Rolex MasterpieceStartimer Pilot Alpina Série limitée de 50 pièces pour horlogerie-suisse.com
Démarche inhabituelle, l’un des médias les plus indépendants du secteur horloger, en apothéose de son 10ème anniversaire, propose à ses 3 millions de visiteurs annuels une montre en série limitée. Avec la complicité de la marque Alpina, fleuron de l’histoire horlogère suisse.
alpina spéciale édition horlogerie-suisse Horlogerie-suisse.com apparaît en 2001. Le site, un florilège d’informations à la fois didactiques, instructives et bien trempées, se distingue aussi par une participation record au fils de discussions lancés par son fondateur, Eric Cosandey, un professeur d’horlogerie converti aux joies du webmastering. Ses forumers, une communauté de plus de 7’500 inscrits, sont différents. Collectionneurs acharnés, amateurs éclairés, fidèle noyau d’aficionados, ils sont réputés constructifs et réactifs et surtout… bien éduqués. C’est à eux que revient l’idée que leur site préféré pourrait créer sa propre montre. «Chacun y a mis son grain de sel, la discussion est partie comme une traînée de poudre», confirme Eric Cosandey, qui rêvait d’une telle idée pour point d’orgue des célébrations de son dixième anniversaire. Le prof joint donc le geste à la parole. Légitimité et cohérence, swiss made mais pas seulement.
En cohérence avec les valeurs distillées sur son site Horlogerie-Suisse.com, Eric Cosandey s’approche de la marque Alpina qui, pour renouer avec la face aéronautique de son ADN, lance en février 2011 dans sa collection Aviation, sa nouvelle ligne Startimer Pilot, comprenant une trilogie de déclinaisons: Automatic, Chronographe et, coup du coeur absolu, Manufacture. Cette dernière est choisie, car c’est une montre trois aiguilles, heures-minutes-secondes au centre, enrichie d’une complication séduisante: réglable par la couronne, un indicateur de quantième à aiguille, excentré à 6h.
La Startimer Pilot Manufacture Alpina est habitée par le calibre AL-710 – 28'000 alternances/heure, contrôlé dans 5 positions; une version personnalisée pour Alpina du calibre manufacture de Frédérique Constant, entièrement dessiné, développé et assemblé in house, au sein de la Manufacture de Plan-les-Ouates.
Avec son rotor de grand diamètre, pour une meilleure efficience de remontage, avec son esthétique en phase avec le tout premier calibre automatique Alpina datant de 1945, cette nouvelle icône est un hommage au passé d’une marque fondée en 1883, rachetée et relancée en 2002 par Peter C. et Aletta Stas, les deux fondateurs de Frédérique Constant. Une série de 50 exemplaires voit le jour, avec deux signes distinctifs façon collectors: le triangle du contrepoids de l’aiguille des secondes troque son rouge reconnaissable pour du vert tandis qu’une inscription horlogerie-suisse.com est gravée sur le fond.
L’avantage avec les internautes, c’est qu’ils prennent la parole sans qu’on les y invite. Ils ont des choses à dire, des opinions à partager. Leur Startimer Pilot Alpina, aux couleurs de leur média www.horlogerie-suisse.com, est exclusivement vendue en ligne et ne se destine qu’à 50 élus, dont certains sont à l’origine de la démarche. L’inestimable récompense d’une appartenance reconnue. Ces conditions générales de vente s'appliquent entre HORLOWEB SARL, chemin de la Butte 31D, 1228 Plan-les-Ouates, Suisse, (ci-après "Nous") et toute personne visitant ou effectuant un achat via le site www.horlogerie-suisse.com (ci-après "vous"). Ces Conditions générales de vente pouvant faire l'objet de modifications, les conditions applicables sont celles en vigueur sur le site à la date de passation de votre commande. Après avoir paHorloWeb Sàrl Le client réglant sa commande par virement bancaire est prié de nous adresser la confirmation de virement par email à l’adresse suivante : webmaster@horlogerie-suisse.com
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voir plus imitation de rolex et Rolex MasterpieceGarde-temps Patek Philippe issus des "Métiers de Haut Artisanat"
J'ai pu assisté récemment dans les salons de ventes de la maison Patek Philippe à Genève, à une exposition sur les "Métiers de Haut Artisanat" de la marque ainsi qu'à la présentation de la Sky Moon Tourbillon - réf 6002, une montre dans un habit d'exception avec un travail de gravage et d'émaillage hors du commun.
Côté mouvement, la nouvelle référence 6002 conserve, pour l’essentiel, les caractéristiques de son illustre devancière, dont une répétition minutes avec deux timbres «cathédrale» et un tourbillon.
Son cadran au recto affiche le temps solaire moyen ainsi qu’un quantième perpétuel avec date rétrograde. Le verso est le domaine des fonctions astronomiques, avec une carte mobile de la voûte étoilée, l’heure sidérale, le mouvement angulaire de la Lune et les phases de l’astre nocturne. Seules différences par rapport à la référence 5002: l’affichage de l’âge de la lune, au recto, est remplacé par celui des phases de lune et les indications du jour, du mois et du cycle des années bissextiles recourent désormais à des guichets au lieu d’aiguilles.
La particularité de cette nouvelle référence c'est qu'elle met à l’honneur deux techniques ancestrales de décoration des garde-temps: la gravure et l’émaillage.
Le boîtier en or gris de la référence 6002, entièrement gravé à la main, s’impose comme une véritable sculpture au poignet. Seul un artisan d’exception est en mesure de creuser l’or massif avec son burin pour en faire jaillir tous ces motifs ornementaux – guirlandes, volutes, éléments de la croix de Calatrava –, puis de décorer de fines ciselures les surfaces entre ces reliefs.
Il faut au maître graveur plus de cent heures d’efforts patients pour achever ce travail. Le verrou d’activation de la répétition minutes logé dans le flanc du boîtier et la boucle du bracelet en or gris se parent du même décor éblouissant. Les deux couronnes en or gris présentent des gravures en rapport avec leur fonction: la couronne dynamométrique à 4h (destinée au remontage et à la mise à l’heure) est dotée d’une flèche indiquant le sens du remontage, tandis que celle à 2h s’orne d’une lune et d’une étoile indiquant qu’elle permet le réglage des phases de lune et du ciel
Le cadran au recto se présente également comme une oeuvre d’art, réunissant sur une petite surface le savoir-faire de nombreux spécialistes: fraiseur, poseur d’appliques – et surtout émailleur, avec les deux techniques sophistiquées de l’émail cloisonné et champlevé.
Le mince disque en or constituant la base du cadran est d’abord finement fraisé, de manière à laisser en relief la minuterie «chemin de fer», le cercle entourant le centre du cadran, les guichets du calendrier ainsi que le guichet des phases de lune. L’émailleur utilise ensuite la technique de l’émail champlevé en remplissant à la main l’ensemble des alvéoles avec une masse d’émail constituée de poudre de verre, d’huile et d’oxydes métalliques servant de pigments.
Ce travail minutieux s’effectue à l’aide d’un pinceau aussi fin qu’un cheveu. Une fois les cavités uniformément remplies, la pièce passe au four à 850°C afin de prendre son aspect définitif et inaltérable.
Quant au centre du cadran, il est décoré selon la technique de l’émail cloisonné. L’artisan reproduit d’abord les contours du décor végétal – calices et feuilles – à l’aide d’un mince fil d’or, qu’il fixe sur le cadran. Il remplit ensuite les innombrables alvéoles formées par ces cloisons avec une masse d’émail aux diverses nuances de bleu, qu’il amène à fusion à environ 850°C. Si une grande partie du décor apparaît sous forme de structures en relief entourées d’émail bleu, les chiffres romains sont des appliques en or.
Autres éléments du cadran réalisés selon la technique de l’émail champlevé: le contour du guichet des phases de lune et celui de la lune sur le disque, avec utilisation d’émail bleu pour le ciel. L’astre luimême se distingue par de subtils dégradés d’émaux blancs et noirs permettant de reproduire la surface lunaire avec ses cratères.
Durant cette exposition où nous avons pu rencontrer et discuter avec des artisans de Patek Philippe, nous avons surtout pu admirer de superbes pièces "artistiques" ayant des cadrans en émail, marqueterie et des boites qui ont accueilli le burin du graveur (euse) pour un superbe travail sur la matière.
Ces montres "Métiers d'Art", on n'a pas souvent l'occasion de les admirer car soit "noyées" dans les nouveautés de Baselworld, soit ce sont des pièces uniques. Boîte, couronne et bélière décorées de motifs gravés main. Or jaune. Calibre 17’’’ LEP PS IRM. Remontage manuel. Indicateur de réserve de marche. Petite seconde.
Le motif en marqueterie sur le fond a nécessité un total de 150 pièces et 100 incrustations provenant de 20 essences de bois différentes, sur un fond en ayus bleui. Cadran en ayus bleui, cadrans auxiliaires en hêtre pétrifié, chiffres Breguet appliques or jaune, aiguilles feuille en or jaune.
Couronne or jaune gravée main sertie d’un cabochon en hêtre pétrifié. Bélière décorée d’un motif gravé main. Chaîne de montre en or jaune. Pièce unique.
Le fond de cette montre de poche à double face est doté d’un chef d’oeuvre associant émail cloisonné et gravure champlevé. Le feuillage de la forêt tropicale est réalisé en émail cloisonné au moyen de 11 différentes couleurs d’émaux. Il encadre la gravure main champlevé de l’éléphant réalisé dans de l’or blanc. Il a fallu 60 heures de travail pour terminer cette oeuvre. Des teintes variées de vert ornent également l’anneau en or blanc émaillé. Un cabochon en tsavorite de coupe « briolette » (0,28 carats) est serti dans la couronne striée en or blanc.
Le cadran en or blanc est guilloché à la main et émaillé en vert. Il est muni de chiffres Breguet appliques en or blanc, d’un indicateur de réserve de marche à 12h, d’un cadran subsidiaire des secondes à 6h et d’aiguilles feuilles en or blanc 18 carats.
Le ouvement à remontage manuel calibre 1-17 LEP PS IRM bat au coeur de ce garde-temps unique. Ce dernier est accompagné d’un support en or blanc disposé sur un piédestal en marbre blanc, lui-même rehaussé d’un tsavorite de coupe « briolette » assorti (0.31 carats).
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Chronométrie : Nouvelles Solutions De Précision
Quelques horlogers contemporains la remettent au centre de leurs préoccupations et de leur légitimité. Qui sont-ils ? Que font-ils ? Comment le font-ils ? Voici quelques précisions.
rotonde de cartierCela fait trois ou quatre années que la chronométrie est redevenue un véritable enjeu horloger, pour plusieurs raisons.
La première est que la recherche de nouveaux matériaux est une des solutions pour desserrer la mainmise du Swatch Group sur quelques pièces fondamentales, ancre, balancier et surtout spiral. Mais lorsque l’on crée une alternative, il faut démontrer qu’elle est au moins aussi bonne que ce qu’elle remplace. Et la précision de la marche est un indicateur synthétique qui apporte cette preuve.
La seconde est que la concurrence entre les marques est féroce dans le haut de gamme. Elles cherchent à se différencier par tout ce qui leur tombe sous la main. Parmi l’arsenal des arguments, la technologie joue un grand rôle, en particulier pour les marques plus petites, plus récentes ou plus rupturistes. Pour elles, une approche par la chronométrie est doublement légitimante. Elle les raccroche à l’horlogerie historique et c’est un axe de recherche pragmatique. Utile quand on est accusé de faire du concept qui ne fonctionne pas, comme on le reproche parfois à ces petites officines.
Enfin, le retour d’un Concours de Chronométrie a remis le sujet sur la table après trente ans d’absence. Quelques marques (dont certaines importantes) acceptent de s’affronter sur un terrain neutre et objectif. Cela prouve que la question de la précision est (la seule ?) à même de transcender les égos et les logiques de groupe. Car le fait demeure pour un certain public exigeant: une montre mécanique d’un certain prix doit être précise, sans quoi elle est insignifiante.
On a longtemps cru que le tourbillon était une solution destinée à augmenter la précision. Mais cet outil est comme les autres : on lui fait faire ce que l’on veut. En l’occurrence, assurer le spectacle et affirmer un degré d’exclusivité supérieur.
Il a fallu le Concours de Chronométrie de 2009 pour en prouver la pertinence. Et encore s’agissait-il d’une pincée de montres, un échantillon non représentatif des plus de 50 marques qui vendent un tourbillon. Or la chronométrie a des ressorts multiples. La précision de la marche est la résultante de… absolument tout. Elle est influencée par tous les facteurs, internes comme externes de la montre. Et elle occupe une place particulière dans l’esprit de certains fabricants, qui s’appuient dessus et la font prospérer. Ils travaillent à la marge, en grappillant peu à peu des secondes d’écart de marche par semaine ou par mois. C’est cela, la qualité. Alors quelles sont les techniques et points d’application de cette nouvelle chronométrie ?
hautlenceOn l’a assez dit, le tourbillon met le balancier et le spiral dans un nombre de positions variées en les faisant tourner sur eux-mêmes pendant qu’ils oscillent. Ce faisant, il réduit l’influence de la gravité sur l’organe réglant. Mais c’est un mécanisme très complexe, qui peut être abordé différemment, quitte à réduire le nombre de positions que le spiral prend.
Quand certains (Jaeger-LeCoultre, Greubel Forsey, Franck Muller) multiplient les axes de rotation pour augmenter la variété des positions, certains faisaient l’inverse.
En 2009, Zenith présentait son concept Zéro Gravity, qui n’est en rien un tourbillon, depuis repris dans le modèle Christophe Colomb. L’échappement y est monté sur des cardans et il est toujours à plat, la position où il règle le mieux.
Cartier a utilisé une solution proche avec son Astrorégulateur. L’échappement monté sur son micro-rotor ne peut se situer que dans deux positions. A plat ou une unique position verticale. Il suffit de régler en conséquence. Cartier affirme régler à +1 s. par jour, au porter comme en tests.
Jacob&Co a également proposé la Cyclone, un mouvement développé par La Fabrique du Temps, dont l’échappement est monté sur le rotor. A noter, ces trois systèmes font une abondante utilisation de différentiels complexes.
Enfin, Hautlence a solidarisé l’axe de son balancier d’une heure sautante. Dans la HL 2.0, l’échappement fait un tour de 60 degrés toutes les heures, à chaque fois que l’heure sautante avance. Toutes ces solutions évitent les effets de la gravité avec une technique alternative au tourbillon. Mais si la gravité est l’ennemie de la précision, c’est de bien d’autres manières, plus complexes encore.
Le développement du spiral est par nature nuisible à la chronométrie. Ce ressort enroulé sur lui-même s’ouvre et se ferme en permanence. Ce faisant, son centre de gravité ne cesse de bouger autour de son axe central. Par ce développement non concentrique, il repousse le balancier contre les percements dans lesquels il pivote. Cette friction est variable selon les positions, freine le balancier, pompe de l’énergie. C’est une incontournable plaie qui attaque l’objectif fondamental du balancier : son isochronisme. Et de fait, cette concentricité a occupé la recherche horlogère pendant quelques siècles.
Les courbes terminales du spiral ont été inventées pout lui permettre de battre plus près de son centre de gravité, mais la solution n’est pas encore idéale. Des recherches récentes comme celles de DeBethune, qui a développé une courbe terminale plate, contrairement aux courbes Guillaume qui grimpent au dessus du spiral, représentent une solution étonnamment délaissée. Trois marques ont imaginé de résoudre le problème par addition et soustraction. Audemars Piguet (cal. 2908), H. Moser & Cie (cal. HMC 324.607 ou 343.506) et Laurent Ferrier (cal. FBN 916.01) utilisent deux spiraux quasi identiques.
Moser fait partie de la même entité que Precision Engineering (chez qui se fournit Ferrier), qui fabrique des spiraux et en vend des paires provenant du même lot. Ils sont cuits et estrapadés ensemble. Ces jumeaux, aux propriétés comparables, sont montés tête bêche sur un même balancier. Quand un spiral se dilate avec un déport, l’autre le fait avec un déport similaire dans la direction opposée. Les déhanchements de l’un sont compensés par ceux de l’autre. Résultat, le balancier oscille autour de son axe.
Le travail sur l’échappement est un fondement de la chronométrie. Pour un surcroit de précision, et de prestige, il a suivi un axe de progrès ou de retravail.
Le progrès prend principalement la forme de la double impulsion et de l’impulsion directe, parfois une combinaison des deux.
echappement apDans l’échappement Audemars Piguet, l’impulsion est donnée directement par un plateau à deux palettes en rubis, pas par l’ancre. La première fait avancer une ancre levier, l’autre fait avancer la roue d’échappement. Au retour de balancier, l’ancre est ramenée à sa position initiale et la roue d’échappement finit son parcours contre elle.
Chez Ulysse Nardin, la transmission de l’information depuis le balancier au rouage passe directement par l’axe du balancier. Cette impulsion est transmise à deux roues d’échappement distinctes, chacune avec un profil de denture unique. Dans les deux cas, il y a moins de points d’impact dans la chaine de transmission information/énergie qu’avec l’ancre suisse, et des ébats bien moins grands, ce qui limite la force des impacts, importante perte d’énergie et source de vibrations.
Par leur principe, ces échappement ressemblent au coaxial inventé par Georges Daniels et acquis par Omega. Mais leur sophistication provient de la limitation des ébats. D’autre part, le retravail consiste à améliorer l’échappement le plus précis de tous, la détente pivotée.
La plupart des chronomètres de marine, instruments dont des hommes ont dépendu pour leur survie en mer, étaient régulés par des échappements à détente. Simples, fiables, ils n’avaient que deux défauts. Ils étaient peu miniaturisables et sautaient en cas de choc. Pas un problème quand le garde temps est posé sur une table et monté sur des cardans. Bien plus ennuyeux au poignet, où la protection contre les chocs ne peut être que limitée.
Le duo Jean-François Mojon-Kari Voutilainen a installé un tel échappement dans le chronomètre UJS 8 d’Urban Jürgensen & Sonner. A ceci près que le balancier est muni d’un plateau de limitation. Il limite les ébats de la détente et l’oblige à coller à la roue d’échappement. La marque annonce que sa marche moyenne est de 40% meilleure à celle d’un échantillon de 300 montres certifiées chronomètre au COSC. Elle a également eu recours aux tests Chronofiable pour éprouver la solidité de sa détente.
A l’époque où les spiraux étaient rudimentaires, magnétisables et sensibles à absolument toutes les influences, certains horlogers avaient imaginé de lui fournir une énergie constante pour que ses oscillations soient le plus possible identiques. Pour ce faire, trois solutions existent.
La première est de lisser l’énergie transmise dans le train de rouage à la source, typiquement avec une fusée qui, comme une cassette de vélo, égalise le couple du ressort moteur. La solution est très 18e siècle et utilisée chez Breguet (cal. 569), A. Lange & Söhne (cal L044.1 ou L072.1) ou Cabestan (cal. EC101).
force constanteLe second consiste à interposer un rouage intermédiaire juste avant l'échappement, un tampon énergétique qui dispose toujours de la même force transmise au plus près au balancier. C’est le remontoir d’égalité qu’utilisent F.P. Journe (cal. 1403) ou DeWitt (cal. DW8050).
L’échappement à force constante est autrement plus sophistiqué puisqu’il garantit que c’est dans l’échappement que la régulation de l’énergie est effectuée. Le dernier horloger à avoir opté pour cette solution est Karsten Frässdorf et sa nouvelle marque, Heritage Watch Manufactory. Son échappement à force constante est à deux étages. Celui du haut connecte avec le balancier. Il est relié à celui du bas par un second spiral, qui fait que la roue d’échappement du haut donne toujours la même énergie à la même fréquence à celui du bas, qui engrène avec le rouage. IWC, toujours avec l’aide de Jean-François Mojon, a présenté avec sa Portuguese Sidérale Scafusia un tourbillon à force constante. Les effets bénéfiques d’une énergie de qualité toujours identique sur l’échappement y sont accrus de celui du tourbillon.
Le sujet de la recherche sur les matériaux a déjà été abordé de même que la question de l’augmentation des fréquences. Le travail sur les profils de denture joue également, avec une complexité technique très spéciale. D’autre part, l’hybridation mécanique/magnétique n’a à ce jour trouvé d’application que dans le système Spring Drive de Seiko. Au demeurant fort intelligent, il a le double défaut rédhibitoire de ni être ni totalement mécanique, ni suisse. Malgré tous les efforts provenant de marques rares, précieuses et couteuses, l’importance de la précision reste secondaire. Mais ceux qui pensent qu’elle est la vertu cardinale d’une montre peuvent se réjouir : cela fait un bon siècle qu’il n’y a pas eu un tel foisonnement de propositions.
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Résonique: et si l'avenir de la montre mécanique était là?
Généralement, il s'agit juste de quelqu'un qui a testé un nouvel alliage, réduit les frictions en utilisant un nouveau revêtement ou propose une combinaison inédite de deux complications existantes. Même si ces dernières années, l'organe régulateur de la montre mécanique a fait l'objet d'une recherche intensive, son principe fondamental est resté sensiblement le même depuis son invention en 1675 par Christian Huygens: il se compose toujours d'un oscillateur se présentant sous la forme d'une roue de balancier équipée d'un spiral dont les oscillations sont entretenues par une ancre de forme variable. Quant à l'oscillateur à quartz, la plus grande révolution à ce jour, il est devenu indésirable dans la haute horlogerie.
Toutefois, de temps à autre, il arrive que nous ayons une surprise. Et, comme d'habitude, elle ne vient pas d'une grande marque. Et c'est plutôt surprenant quand on sait que les grandes enseignes disposent d'armées entières de scientifiques et de chercheurs chargés de produire des innovations sur une base annuelle. Il semblerait que les entreprises plus modestes s'embarrassent moins de bureaucratie et que l'auto-responsabilité y soit un meilleur facteur de motivation que la pression issue de la hiérarchie. Que voulez-vous, on ne saurait forcer les gens à être créatifs.
Il y a pourtant une nouveauté qui a éveillé la curiosité des journalistes. L'an dernier, Denis Flageollet, tête pensante de De Bethune, annonçait qu'il était en train de développer, en collaboration avec un jeune acousticien du nom de Siddharta Berns, un échappement qui ne ressemblait à rien de connu jusque-là dans la montre mécanique. Rares sont les horlogers qui peuvent se prévaloir d'une expérience semblable à celle de Denis Flageollet concernant l'échappement d'une montre. Il a utilisé les différentes Dream Watches de De Bethune pour expérimenter ses idées sur la combinaison balancier-spiral idéale. "J'en étais venu à la conclusion que nous avions atteint un stade où l'échappement à ancre classique ne pouvait plus être amélioré, et qu'il était temps de créer quelque chose de fondamentalement différent pour faire avancer l'horlogerie". Longtemps, il avait imaginé réguler une montre par la haute fréquence et la résonance. Mais, n'étant pas physicien, il est allé chercher de l'aide hors de son domaine de compétences. Et il a trouvé en Siddharta Berns un collaborateur qui ne s'était jamais penché une seule fois sur un mouvement horloger, ce qui, pour Denis Flageollet, représentait un critère idéal pour créer quelque chose de radicalement nouveau.
Et c'est précisément en quoi consiste le nouvel échappement "Résonique". Vu de près, il est à la fois étonnamment simple et d'une magnifique symétrie. Deux pignons sont ajoutés à l'extrémité d'un rouage conventionnel afin d'accélérer à 10 tours par seconde une roue finale. L'énergie provient d'un barillet conventionnel. La roue finale est composée d'un métal magnétique et comprend un certain nombre de dents, 8 dans notre exemple. Toutefois, les dents ne sont pas façonnées selon un profil NIHS, puisqu'elle n'interagissent avec rien. Les dents et leurs espacements ressemblent davantage à une onde sinusoïdale modelée en une forme circulaire. Si cette roue tournait lentement et qu'un palpeur épousait ses contours sans frictions, il produirait un mouvement régulier de haut en bas, exactement comme la membrane d'un haut-parleur émettant un son grave. Ce qui est déjà proche de l'idée de notre duo, à savoir réguler une montre par la résonance dans une gamme audible. Mais il fallait scanner le mouvement des dents sinusoïdales sans les toucher.
Denis Flageollet et Siddharta Berns y sont parvenus grâce à un minuscule aimant monté sur l'extrémité d'un résonateur très élastique, à la manière d'un diapason. Sa polarité est dirigée de façon à ce que l'aimant soit rejeté par la pointe des dents à mesure qu'elles approchent. Mais il doit être assez proche de la roue pour permettre aux dents de pénétrer le champ magnétique. Ainsi, l'aimant est repoussé lorsque la dent approche et reprend sa place initiale lorsqu'elle s'éloigne. La vitesse des révolutions de la roue accroît la fréquence des vibrations de l'aimant. A une certaine vitesse, ces vibrations s'approchent de la fréquence inhérente au résonateur. C'est la fréquence à laquelle vibre un résonateur s'il reçoit une seule impulsion.
Mais revenons à l'exemple du diapason: si vous frappez un diapason accordé sur le la, il va vibrer à une fréquence de 440 Hz. Dans le mécanisme de De Bethune, lorsque l'on atteint la fréquence harmonique de 926 Hz, les forces en présence entre la roue et l'aimant vibrant deviennent minimales. Pour augmenter ou diminuer sa vitesse, il faut ajouter de l'énergie. C'est pourquoi un équilibre auto-régulant se crée lorsque le résonateur commence à vibrer à sa fréquence inhérente. Cela permet au rouage de fonctionner à vitesse constante tant que le barillet fournit suffisamment d'énergie. Si le minuscule aimant est retiré manuellement de l'échappement, le rouage tourne immédiatement à des vitesses incontrôlables.
Supposons que notre roue comporte 8 dents, comme mentionné au départ, et que sa vitesse idéale est de 10 tours par seconde. Dans ce cas, le résonateur doit avoir à une fréquence inhérente de 80 Hz pour maintenir une vitesse constante. Flageollet souligne que le choix de la fréquence mise en place est plus ou moins ouvert. Seule condition: les composants doivent conserver une harmonie entre eux. Plus haute est la fréquence, plus fiable sera le système, précisent ses inventeurs. Berns est d'avis que dans la gamme audible, les fréquences se situant entre 20 et 20'000 Hz sont les plus adaptées à l'horlogerie. Voilà pourquoi l'invention a été nommée "Résonique", combinaison de "résonance" et de "sonique".
Lors de la première démonstration, en décembre 2011, Denis Flageollet a insisté sur le fait que le système présenté était encore loin d'être applicable à une montre: "Pour qu'elle devienne réalité, nous avons fait le choix de ne pas breveter notre invention, mais de la publier dans un logiciel open source. Nous sommes convaincus que plus il y aura de gens qui travailleront sur ce système, plus vite il deviendra la norme. Nous aimerions juste veiller à ce qu'on n'oublie pas qui l'a conçu."
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Re, Re et Re ou comment faire du neuf avec du vieux
La réutilisation de concepts, produits ou objets préexistants réunit la grande majorité des horlogers. La plupart des marques utilisent des mouvements dont l’invention remonte à des dizaines d’années. Et nombre d’entre elles puisent leur légitimité dans le passé. Mais entre l’héritage historique et la récup’, il y a un pas. Les acteurs qui font du recyclage à dessein sont les plus divers et improbables. On y retrouve pêle-mêle Antoine Preziuso, Sellita, Chronoswiss, Panerai ou Zenith. Leur point commun ? Ils font du neuf avec du vieux. Les fâcheux penseront tout de suite « ah, les arnaqueurs, ils ne se sont pas foulés ». Seulement la chose n’est pas aussi simple qu’il y parait. Et elle n’a rien de déshonorant non plus. En anglais, on dit NOS, pour New Old Stock. Un quart de siècle après la crise du quartz, il existe encore des greniers, des fonds de tiroirs et des recoins de granges où sommeillent de petites merveilles. Car le nombre de calibres historiques et jamais utilisés qui trouvent leur chemin dans une montre depuis cinq ans est proprement ahurissant.
Cinq calibres tourbillon régulateur d’observatoire de 1928 de l’école d’horlogerie de la vallée de Joux chez Antoine Preziuso. Trois blancs de chronographe monopoussoir et répétition à quarts LeCoultre des années 1890 chez Pierre DeRoche (émanation du motoriste Dubois Depraz). 25 calibres de chronographe Minerva 16’3/4 dans la « nouvelle » Mare Nostrum PAM 00300 de Panerai. La marque italienne n’en est d’ailleurs pas à son coup d’essai, un chronographe monopoussoir d’époque et lui aussi Minerva avait équipé une montre Ferrari de 2008 et la PAM 0021 du début des années 90 embarquait un calibre Rolex 618. PaneraiKari Voutilainen retravaille des calibres Peseux et Valjoux et les redécore avec le soin qui lui est propre.
La défunte marque Favre Leuba avait exhumé des calibres A. Schild à 36 000 alt/h. Quant à Henri Duvoisin, il remboîte après l'avoir décoré trois magnifiques Valjoux 5 des années 1910, mais aussi des FEF (Fleurier Ebauches) 5 de 1950.
Le quasi inconnu Tilmann v.d.Knesebeck a retrouvé des ébauches Henry Moser qu’il loge dans une pendule de table. Enfin, Breitling cache l’origine du calibre à quantième perpétuel et répétition minutes de la montre de poche Masterpiece qu’il consacre à Bentley.
A chaque fois, la provenance est secrète. A chaque fois, la quantité est ultra limitée. Et le retentissement médiatique n’en est que plus fort. A l’opposé, certaines histoires ne font pas l’objet de campagnes de communication.
Ainsi, quand Zenith mit la clé sous la porte dans les années 80, des caisses entières d’ébauches de calibres El Primero furent données, confiées, dispersées. Idem pour les machines. La mise à la casse de l’industrie horlogère helvétique avait alors atteint son sommet le plus imbécile. Quand Zenith chercha à renaître, ce fut presque de zéro et elle dût retrouver ces ébauches. Une bonne partie se trouvait alors chez Girard Perregaux, qui la revendit.
golay spiererDans un autre genre, plus rare, quelques marques désemboîtent, retravaillent et remboîtent des calibres qui ont quelques décennies au compteur. La démarche a parfois lieu à l’initiative d’un client. Propriétaire d’une vieillerie irrattrapable ou démodée, il a conscience de la valeur potentielle du mouvement. Il demande à ce qu’il soit sauvé et rhabillé, au sens horloger comme au sens vestimentaire. Mais l’antiquité en question peut tout simplement être chinée par l’horloger.
Golay Spierer retrouve, sauve et embellit des calibres Buren 1322 à micro rotor, des Venus 140 ou 178. Benzinger, squeletteur graveur allemand de Pforzheim, s’est fait une spécialité de la redécoration de calibres anciens après restauration. Il utilise des Patek Philippe ou Vacheron Constantin pour son haut de gamme.
Quand on compare les prix (assez raisonnables) qu’atteignent des montres de poche simples de ces marques et le prix que l'on peut tirer de leurs mouvements après y avoir mis son grain de sel, de burin et de bocfil, on se dit que le calcul n’est pas bête.
Record du mondeDans les années 90, Paul Gerber s’est attaché à compliquer à outrance. En 1992, le prometteur Franck Muller se voit confier un Louis-Elysée Piguet de 1892 à répétition minutes et grande sonnerie. Il y ajouta un quantième perpétuel rétrograde et un thermomètre. Mais le propriétaire anglais ne comptait pas s’arrêter là. Il voulait la montre la plus compliquée du monde. Il la confia donc à Paul Gerber qui y ajouta un tourbillon volant après trois ans de travail, puis un chronographe à rattrapante et double retour en vol complété par un indicateur de réserve de marche. Ce qui lui prît la bagatelle de 8 ans supplémentaires. Avec 1116 composants, elle resta la montre de poignet la plus compliquée du monde jusqu’à l’Aeternitas Mega 4 de Franck Muller, sortie en 2009.
La majeure partie des mouvements utilisés aujourd’hui sont tombés dans le domaine public. C’est en particulier le cas du Valjoux 7750 et de l’ETA 2892. Eux et leurs variantes équipent la majorité des montres mécaniques du marché. Ce sont des standards que tous les horlogers et services SAV connaissent. De nombreuses marques les utilisent, que ce soit montés, en kit décorés ou en blanc. Ils servent de base à un nombre incalculable de modules de complication. En plus d’être les Alpha et Omega du marché, ces mouvements sont l’objet de contentieux commerciaux depuis des années. Le défunt Nicolas Hayek, président du Swatch Group, n’a eu de cesse d’annoncer depuis 2002 qu’il voulait réduire ses livraisons d’ébauches ETA pour se concentrer sur des mouvements finis à plus grande valeur ajoutée. Par cela, il cherchait à obliger les marques à plus d’honnêteté quand elles rebadgent le mouvement sous leurs propres références sans prévenir le public. Et aussi parce qu’en période de crise, les marques en question ont annulé une grosse partie de leurs commandes. Or on ne laisse pas le plus gros fabricant de mouvements le bec dans l’eau. Surtout quand il est une filiale du plus grand groupe horloger et qu’il s’est construit une position industrielle absolument incontournable, certains diraient même dominante.
conceptPour aggraver les choses, le Swatch Group et ses filiales n’arrivaient pas à suivre le rythme des commandes pendant le boum du milieu des années 2000. Face à des délais de livraison qui ne cessaient de s’allonger, certains ont compris qu’il n’y avait pas de raison de faire compliqué quand on peut faire simple.
Ils s’appellent Sellita, Soprod, Concepto ou Dubois Depraz. Ils fabriquent des clones ETA en même temps qu’ils en assemblent des ébauches pour compte de tiers. Les plans et les processus d’assemblage sont connus de tous. L’enjeu se situe dans la partie fabrication. En effet, après des décennies de production, ETA connaît ses machines, ses hommes, ses produits et processus sur le bout des doigts. D’autant que les quantités qu’il a sorties sont colossales (des dizaines de millions d’unités).
Difficile d’obtenir des chiffres fiables sur ces clones, tant sur les quantités produites que les taux de retour SAV. Une chose est sûre, ils sont une bouffée d’air, de liberté et d’indépendance dont le marché horloger avait besoin. Pour les mouvements plus haut de gamme, les choses sont différentes. Certains calibres nobles sont des références et sont utilisés depuis des années, comme le Lemania 2310 qui sert chez Omega, Breguet, Vacheron et Patek, ou le Piguet 1185. Mais cette catégorie, on ne reproduit pas, on ne copie pas. On se différencie, on innove et on appose le cachet « manufacture » ou « exclusif ».
Certaines marques et industriels jouent la carte de l’innovation. Ils inventent de nouveaux matériaux, technologies, usages, complications, présentations, modes de lecture. Ils s’appellent DeBethune, MB&F, Harry Winston Opus, Greubel Forsey, Urwerk, Ulysse Nardin, Renaud & Papi pour ne citer qu’eux. D’autres marques sont dans la perpétuation d’un mode d’exécution horloger dans ce qu’il a de plus noble. Ils décorent, construisent et assemblent selon des canons classiques, souvent sur la base de calibres déjà anciens. Et quand ils inventent, ils habillent leur nouveauté en costume trois pièces avec chapeau et redingote. Ce sont les Patek Philippe, Laurent Ferrier, Philippe Dufour, Vacheron Constantin,
Les recycleurs sont à mi-chemin. Leur matière est ancienne, mais leur manière de la travailler est moderne, forcément moderne. Qui peut dire qu’ils ont démérité ? L’idée de faire revivre un objet ancien ou mettre au service du plus grand nombre un outil solide et efficace, voila déjà de la pertinence, voire de la noblesse.
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